Postpop – Aude Anquetil, Hilary Galbreaith, Brieg Huon, Nicolas Pesquier

Du 15 février au 22 mars 2018
Vernissage le mercredi 14 février à 18h

Commissariat 40mcube
sur une invitation de la galerie Art & Essai
Production GENERATOR – 40mcube, EESAB, Self Signal

Galerie Art & Essai – Project Room
Université Rennes 2 – Campus Villejean
Place du recteur Henri le Moal – 35000 Rennes

« The exhibition is a kind of theatre, where several perceptions successively make their appearance; pass, repass, glide away, and mingle in an infinite variety of postures and situations. »
David Homme, Traité de la culture humaine

Il fait noir dans la salle. Quelques heures restent encore avant que le public arrive.

Entre D.H., par la gauche.

Il porte une veste taillée dans un tissu d’une couleur blême, par-dessus un jogging noir zébré de chaque côté par deux fins traits blancs. Il marche avec conviction jusqu’au point exact du milieu de la scène, les paupières baissées, à demi, comme Bowie.
On entend le claquement du spot qui allume brusquement un cercle lunaire autour de la figure silhouettée contre le long rideau rigide et sombre.

Puis, par un mouvement lent de brassage de pieds, le spectacle est annoncé. Il lève la tête, les pupilles dilatées sous la lumière chauffante, fixées sur un point imperceptible au-dessous des sièges vides. Un bruit, presque un ronron, s’échappe de ses lèvres dépliées. Derrière lui, le rideau rouge se froisse, puis s’élève sans un bruit, dévoilant un orchestre symphonique dont les cuivres rutilent et les cordes, soudain, vibrent.

(D’après une reprise de Lollipop)

POSTEPOP, POSTPOPE ou POSTPOP,
Un peu provoque, court, qui sonne bien,
POSTPOP, c’est ici immédiatement,
Si LOLLIPOP est une douceur sucrée,
POSTPOP pique car trop salé,
POSTPOP dessèche mais brille,
POSTPOP glisse comme l’anis,
POSTPOP c’est déjà fini.

D’une main, le chef d’orchestre esquisse une volute, les lumières s’éteignent, à l’exception du cercle brillant.
D.H. inspire, une goutte de sueur perle sur son front, tressaille, s’envole :

“Tant va la croyance à la vie, à ce que la vie a de plus précaire, la vie réelle j’entends, qu’à la fin cette croyance se perd. Nous sommes beaux, jeunes et fiers, et l’art que nous produisons nous rend éternels. Nous ne mâchons pas nos mots, nous avons le même socle, les power rangers et la couleur chez Nicolas Poussin, les volutes d’opium des Orientalistes et les pupilles dilatées des clubs parisiens, l’érotisme de Bataille et les Eloïs asexués de Wells, les kilts des clans écossais et les hooligans du Manchester United, la raison des effets pascalienne et la chaleur suave d’un restaurant familial, l’Art and Craft de W. Morris et la construction du barbecue d’Homer Simpson…”

Sa paupière tremble, le regard se perd dans la foule, et la poussière brille dans l’atmosphère moite du théâtre lugubre.

“Nous nous battrons, frères, sœurs, jusqu’à l’avènement du post-pop. Nous n’avons que faire du quotidien monotone, des bassesses du réel, nous ne nous battrons que pour élever la fiction au rang d’absolu, nous basculons dans un monde, affolés, d’où plus jamais nous ne sentirons la poussière âcre du commun. Plus de post-modernisme, plus de post-internet, plus de post-punk, non, nous voilà entrés dans une nouvelle ère, celle du post-pop. Le pop est mort, vive le Postpop !”

Une porte claque au loin, dans l’immensité sombre du théâtre, par-delà les rangées de sièges vides. D.H. lorgne la foule invisible avec un sourire bienveillant, adresse un clin d’œil à son auditoire prochain et quitte la scène.

H.G., A.A., N.P., B.H.