Parker’s Box, Brooklyn, NY – Briac Leprêtre, Like it is

Briac Leprêtre, Placo 1, 2011, aquarelle sur papier.

Briac Leprêtre, Placo 1, 2011, aquarelle sur papier.

Exposition du 14 mai au 4 juin 2011
Commissariat 40mcube

Briac Leprêtre réalise des aquarelles montrant des scènes banales. Il réalise aussi des sculptures qui se réfèrent aux volumes et formes de l’architecture. Ces pratiques paraissent au premier abord familières et un peu conventionnelles. Mais une confrontation plus approfondie avec le travail de l’artiste substitue rapidement à cette première impression une sensation légèrement troublante : ce qui est devant nous est à la fois exactement ce qu’il semble être mais aussi quelque chose d’autre. La notion de substitut souvent sollicitée dans la pratique de l’art contemporain est bien présente ici mais le travail de Briac Leprêtre va aussi au-delà, focalisant son attention et ses recherches autour de la question épineuse du lieu réel de l’art, ou peut être de son début et de sa fin.

Manipulant les idées sur le statut et la présence des œuvres d’art, Briac Leprêtre a quelque chose d’un acrobate, d’un funambule même. Il a une préférence pour l’exploration du quotidien avec pour objectif de le pousser discrètement dans des territoires inexplorés. En effet, la subtilité des transformations qu’il impose aux choses est telle qu’elles s’immiscent de manière presque insidieuse dans l’esprit des visiteurs les moins méfiants. Les autres spectateurs peuvent rester indifférents ou même trouver évident le travail et l’obsession méticuleuse de l’artiste. La difficulté de décider laquelle de ces réactions est l’exception qui confirme la règle témoigne de la corde-raide que Briac Leprêtre a délibérément choisi de s’engager, mais aussi de la nature insaisissable du contexte dans lequel il nous attire.

Dans Like it is, Briac Leprêtre présente une grande sculpture in situ qui semble être une partie essentielle de l’architecture de la galerie. Un groupe de petits objets moulés dans du béton, une série d’aquarelles encadrées et ce qui est techniquement de l’ordre de la peinture murale accompagnent cette sculpture.

Les aquarelles présentées ici montrent des scènes de rénovation intérieure ou de construction. Le sujet est une curiosité, le choix du raffinement esthétique de l’aquarelle pour représenter des vues d’intérieurs inachevés semblant presque une contradiction. L’existence de telles images fait songer à une application pratique pour laquelle la photographie serait mieux adaptée, et en effet Leprêtre utilise la photographie comme point de départ de ses représentations. Néanmoins, une fois que nous avons accepté l’excentricité du sujet, on ne peut que se rendre à l’évidence : ces vues de pièces, avec le noir et blanc des nouvelles plaques de plâtre et des bandes de joints, se prêtent parfaitement à la technique de l’aquarelle où le blanc du papier devient une source de lumière ou une surface réfléchissante. Il y a certainement une pointe d’ironie dans ce travail puisque ces aquarelles sont magnifiquement finies alors que le sujet est lui-même inachevé et reste encore à peindre ! En même temps, le médium peut d’une certaine façon élever le sujet, comme si l’artiste voulait nous confronter à ces murs fragmentaires que le plaquiste laisse au peintre en bâtiment et nous les présenter comme de potentiels ready-made créés par l’innocente agilité de l’artisan.

Avec la peinture murale, présentée dans l’exposition, Leprêtre pousse plus loin encore cette réflexion. Il a peint en trompe l’œil un mur de placoplâtre, avec l’enduit de joints en bandeaux, prêt à être peint. Il est facile de voir cet œuvre comme un jeu de renversement des apparences puisqu’un mur parfaitement blanc a effectivement été « dévalué » pour ressembler à un mur inachevé prêt à être peint : il a bel et bien été peint par l’artiste avec la volonté de lui donner l’apparence d’un mur qui n’a pas encore été peint !

L’exposition est complétée par une série d’œuvres de plus petites dimensions, moulées dans du (vrai) béton et évoquant des éléments architecturaux ayant une fonction présumée, comme celle suggérée par la sculpture du pilier supportant le plafond de la galerie, mais que nous ne pouvons identifier. Ces objets posent alors une question similaire d’une manière différente. Le matériau dont ils sont faits n’est pas une illusion alors que l’idée qu’ils ont une fonction précise semble l’être. À la différence des autres œuvres de l’exposition, ils semblent avoir été laissés là comme des artefacts d’une activité extérieure, laissant penser qu’ils ne remplissent à présent plus la fonction pour laquelle ils ont été conçus. Comme tels, ils sont laissés au sol, restes de quelque chose d’autre, bien qu’ils soit impossible de déterminer ce qu’il leur manque. Avec ces pièces qui pourraient être considérées non sans ironie comme les œuvres les plus originales de l’artiste, Briac Leprêtre semble également proche de la pensée de Baudrillard qui, dans Simulacres et Simulation (1980), écrit : « la phase de simulation et l’agonie du système distinctif, une phase où toute chose devient un reste et un résidu ».

Mais Briac Leprêtre est finalement bien plus engagé dans les songes quotidiens d’un sculpteur que ne l’est Baudrillard ou que ne le laisserait supposer l’aboutissement des recherches de l’artiste. Pendant sa résidence à Parker’s Box, ses préoccupations quotidiennes étaient incontestablement portées sur les problèmes de la forme, du volume, des masses, du poids, de la composition, des matériaux et bien sûr de l’apparence, plutôt que sur le fin réglage de l’illusion et de la représentation réaliste – éléments qui, au contraire, semblent être la seconde nature de cet artiste. Car pour lui, ils sont l’immuable colonne vertébrale de toute démarche artistique.

Avec le soutien de l’INSTITUT FRANÇAIS et de la région Bretagne.

Parker’s Box
193 grand Street
Brooklyn
NY 11211
USA

Briac Leprêtre produces series of watercolors depicting banal scenes, and in parallel he makes sculptures that refer to the volumes and shapes of architecture. Those indications of somewhat conventional and familiar practices slide away on first encounters with the artist’s work, perhaps to be replaced by a mildly troubling sensation that what is in front of us is exactly what it looks like, but that it is somehow posing as something else. The often visited notion of the surrogate in contemporary art practice begins to stir here, but Briac Leprêtre’s work goes beyond this too, focusing its attentions and research around the prickly question of where the art really is, or perhaps where it begins and ends.

In relation to ideas about the status and presence of art works, Briac Leprêtre is something of an acrobat, a tightrope walker even, as his preferred arena of practice resolutely situates itself in an exploration of the familiar with a view to nudging it discreetly over the razor’s edge into subtle and possibly unchartered territories. Indeed the subtlety of his transformations of things is such that their active ingredients might creep up on some unsuspecting individuals with a degree of insidiousness. Other viewers may remain indifferent or even oblivious to the artist’s meticulous labors and obsessions, and the difficulty of deciding which of these reactions is the exception that proves the rule, bears witness to the tightrope that Briac Leprêtre has deliberately chosen to tread, but also to the rarefied nature of the context towards which he beckons us.

In Like it is, Briac Leprêtre presents a large, site-specific sculpture that appears to be an essential structural part of the gallery’s architecture. Accompanying this work, are a group of smaller objects cast in concrete, a series of framed watercolors, and what technically is a wall painting.

The watercolors presented here show scenes of interior renovation or construction. The choice of subject is an intriguing one, since using the esthetic refinement of watercolor to render views of unfinished interiors seems almost a contradiction. The existence of such images presupposes a practical application – for which photography would be best suited, and indeed Leprêtre uses photographs as his point of departure. Nevertheless, once we’ve accepted the eccentric subject matter, these views of rooms with the white and grey of new sheetrock and patches of joint compound, lend themselves to the watercolor technique where the white of the paper becomes a source of light, or reflected light. But there is certainly an irony that prods our perception buds since while these paintings are beautifully finished, the depicted subject is itself unfinished, since it has yet to be painted! At the same time, the medium somehow elevates the subject, and in this it seems as if the artist is nudging us towards consideration of the patchy-walls that the sheet-rocker leaves for the painter, (not the artist) as itself being potentially a worthy ready-made, created by the innocent deftness of the craftsman.

In what can only be described as a wall painting, Leprêtre takes this reflection further, as he has painted what essentially is a fairly spontaneous and consciously primitive trompe l’oeil of just such a wall that has been sheet-rocked and “mudded” with joint compound prior to painting. It would be easy to see this as a somewhat twisted act, since a perfectly good white wall has effectively been “downgraded” to what looks like an unfinished wall, ready to be painted, when in fact, it HAS been painted – in order to resemble one that hasn’t!

The exhibition is completed by a series of smaller works, cast in (real) concrete, and suggesting architectural elements that presumably have (or had) a function like that suggested by the pillar supporting the ceiling, but that we cannot identify. These objects, then, pose a similar question in a different way. The material they are made of is not an illusion, but the suggestion that these carefully shaped objects carry out a precise function most certainly is. Unlike the other parts of the exhibition, they seem to have been left here as artifacts of an activity elsewhere – suggesting that they are no longer fulfilling the purpose for which they were made. As such they are left over, remnants of something else, though it’s impossible to know what’s missing. Here, in what ironically could be thought of as the artist’s most “original” works, Briac Leprêtre seems even closer to Baudrillard’s thinking in “Simulacra and Simulation” (1980) when the French philosopher writes about: “the phase of simulation and the death throes of distinctive systems, a phase when everything becomes a remainder and a residual.”

But Briac Leprêtre is ultimately far more engaged in the daily musings of a sculptor’s sculptor than either Baudrillard, or even the final conclusions of the artist’s own research, might give him credit for. During his residency at Parker’s Box, his daily concerns and anxieties were unquestionably focused on such issues as form, volume, mass, weight, composition, materials and of course appearance, rather than the fine tuning of illusion and represented realities – elements that, on the contrary, seem so thoroughly to be second nature to this artist, because for him they are the immutable backbone of all artistic endeavor.

But Briac Leprêtre is ultimately far more engaged in the daily musings of a sculptor’s sculptor than either Baudrillard, or even the final conclusions of the artist’s own research, might give him credit for. During his residency at Parker’s Box, his daily concerns and anxieties were unquestionably focused on such issues as form, volume, mass, weight, composition, materials and of course appearance, rather than the fine tuning of illusion and represented realities – elements that, on the contrary, seem so thoroughly to be second nature to this artist, because for him they are the immutable backbone of all artistic endeavor.

Avec le soutien de l’INSTITUT FRANÇAIS et de la région Bretagne.

Parker’s Box
193 grand Street
Brooklyn
NY 11211
USA