Biennale de Belleville 2012 – Nicolas Milhé, Sans titre

Du 15 septembre au 20 octobre 2012.


Sans titre est une sculpture de forme simple et pourtant équivoque. Il s’agit d’un module de mur préfabriqué en béton. Associé à d’autres modules identiques, ce dernier peut constituer un mur de séparation, offensif ou défensif, entre deux territoires. Présenté seul, il oscille entre élément de construction aux fonctions plus larges, ready made, sculpture minimale et symbole politique.

Cet élément de construction qui se pose rapidement ne nécessite pas de fondations et sert par ailleurs à fabriquer des silos ou des bardages d’autoroute. Posée dans l’espace public comme elle l’a déjà été à Rennes, c’est une sculpture caméléon qui se fond dans son paysage, devenant un mobilier urbain supplémentaire sur lequel on peut s’asseoir ou faire du skateboard… À la fois minimale et massive, elle provoque un véritable choc physique, effet renforcé dès qu’elle est identifiée en tant qu’image véhiculée par les médias. Elle revêt alors une dimension symbolique forte, témoignage de situations irrésolues sur la planète et en même temps porteuse d’espoir puisque ce module de mur seul ne contraint ni les déplacements ni la liberté. C’est là que s’opère le passage de l’objet préfabriqué et fonctionnel à la sculpture. Sans titre, dont le nom comprend la neutralité, relative, de son auteur, fonctionne comme un indicateur d’échelle, un indice, une image de mur en trois dimensions, un rappel de ce que cela peut représenter de vivre au quotidien au pied d’un tel édifice. Nicolas Milhé ne cible aucun mur précis mais pointe des situations complexes que l’on retrouve dans le monde. Il ne se positionne d’aucun côté du mur, n’en situe ni l’aspect oppressif, ni l’aspect offensif, sachant que généralement pour chaque côté du mur l’offensif est en face mais que chaque situation est réversible … Présentée Place du Colonel Fabien, cette sculpture prend une dimension contextuelle locale qui n’est autre que le reflet d’une réalité plus globale mais aussi plus positive, à savoir que les différentes communautés du quartier de Belleville se côtoient là de manière plutôt harmonieuse. En permettant de tourner autour de cet élément architectural si terrible, Nicolas Milhé parvient en quelque sorte à le désarmer. Mais en exposant dans la ville cette œuvre qui, par son matériau, renvoie à son environnement immédiat, l’artiste crée également une fiction où sa sculpture pourrait être le vestige d’un passé révolu, l’anticipation d’un futur lointain…
Cette sculpture de Nicolas Milhé, de six mètres de haut et de onze tonnes cinq, produite à Rennes en 2005 puis acquise par le Centre National des Arts Plastiques en 2009, quitte momentanément le Parc de sculptures urbain de 40mcube et est aujourd’hui déplacée au cœur de Belleville dans le cadre de la Biennale. L’œuvre est visible place du Colonel Fabien.


Untitled is a simple sculpture but an ambiguous one : it is a length of prefabricated concrete wall. Associated with other identical modules, it can form a separation wall, offensive or defensive, between two territories. Presented on its own, it wavers between a construction element with broader functions, a readymade, a minimal sculpture, and a political symbol. This six-metre-high, eleven-ton work by Nicolas Milhé, produced in Rennes in 2005 and then acquired by the Centre National des Arts Plastiques [CNAP] in 2009 is being moved to Belleville.

This construction element, which can be swiftly put in place, needs no foundation and is incidentally used for making silos and motorway cladding panels. Set in the public place, as it already has been in Rennes, it is a chamaeleon-like sculpture which blends with its landscape, becoming an extra urban fixture on which people can sit, or skateboard… At once minimal and massive, it causes nothing less than a physical shock, an effect that is heightened once it is identified as a wall module,whose image the media have conveyed . It then takes on a powerful symbolic dimension, testimony of unresolved situations on the planet and at the same time a vehicle of hope because this wall module on its own obliges neither movements nor freedom. This is where we find the shift from prefabricated, functional object to sculpture. Untitled, whose name includes the (relative) neutrality of its author, functions like an indicator of scale, a clue, a three-dimensional wall image, a reminder of what living day in day out at the foot of such a building may represent. Nicolas Milhé does not target any precise wall, but rather pinpoints complex situations to be found in the world. He does not position himself on any side of the wall, he does not situate either the oppressive side or the offensive side, knowing that, on the whole, for each side of the wall, the offensive is opposite, but that each side is reversible… Presented on Boulevard de la Villette, where Belleville’s Chinese, Arab, Jewish and Pakistani communities all meet, this sculpture assumes a local contextual dimension which is nothing other than the reflection of a more global, but also more positive, reality, namely that these communities rub shoulders here in a rather harmonious way. By enabling us to walk around this fearsome architectural element, Nicolas Milhé manages, in a way, to disarm it. But by showing this work—which, through its material, refers to its immediate environment—in the city, the artist also creates a fiction where his sculpture might be the vestige of a bygone past, the anticipation of a remote future…