As Free As Ones Could Claim – Marielle Chabal

Du 18 mai au 21 juillet 2018
Vernissage le jeudi 17 mai 2018 à 18h30

40mcube
48 avenue Sergent Maginot
35000 Rennes

Production de l’exposition 40mcube
Commissariat 40mcube
Production des œuvres 40mcube / La Box / Glassbox / CNAP / NKD
Partenaires Post-diplôme de l’école nationale supérieure des beaux-arts de Lyon, El Atlal (Jéricho, Palestine), Mosaic Center (Jéricho, Palestine) et Label 69 (Paris)

Merci à Matthieu Clainchard, François Piron, Théo Carrère, Salim Roma, Muhammad Wahbi, Mosaïc center of Jericho, El Atlal, Karim Kattan, Rebecca Topakian, Marie Quéau, Jonathan Chauveau, Éric Stephany, Nicolas Milhé, Constance Tenvik, Aisha Darenshi-Keller, Vivien Roubaud, Samuel Trenquier, Aurélie Ferruel & Florentine Guédon, Lucille Uhlrich, Pierre Gaignard, Jean-Alain Corre, Mathis Collins, Camille Tvétoukhine, Gwanaeël Morin, Zoé June Grant, Louis Andrews, Ugo Decorce Ballara, Patrice Blouin, Jérôme Poret, Laura Lippie, Jeanne LaFonta, Magalie Halter, Poom Chak, Godzilla Overkill, Florence Giroud pour OMERTA, Arnaud Fontaine, Guido Cesarsky pour Acid Arab, Mathilde Ganancia.

Marielle Chabal développe des fictions littéraires qui donnent lieu à des formes sculpturales et picturales. L’exposition As Free As Ones Could Claim regroupe des documents, des maquettes et un film retraçant l’histoire de la communauté utopique des Halmens et de la création de la cité d’Al Qamar en 2023…

« Des corps en un »
Chloé Helle (Marielle Chabal)
(texte publié dans Reset #4, automne 2027)

Le soleil et la lune ont échangé leur place – d’un coup – le désert latent éclate ses mirages et permute sa faune dans une atmosphère brûlante et salace. Les lueurs de la cité d’Al Qamar se multiplient – floues et voilées – comme des paillettes humides. Le complexe scintille dans les cris de la foudre. Le ciel se lacère violemment et des éclairs tout blancs viennent faire vibrer l’éther. Leurs rugissements s’enchaînent rapidement, heurtent l’obscurité. La communauté – à l’abri – s’emmêle dans le déclin du jour. Ça grince, ça pullule, des insectes pétillent en silence, pendant que des iguanes – géants et multicolores – virent au noir. Le calme est attentif, l’air retient son souffle comme sur le point de jouir et des nuées d’étoiles percent au zénith. Le ciel éteint, les amoureux de la nuit se mettent en transe – c’est la soif qui a faim – les fauves se languissent, tous impatients d’étreindre les victimes du crépuscule.

L’Amadeous se révèle dans la ferveur et l’énergie libidineuse de la foule, pendant que l’absence d’air climatisé a transformé les lieux en sauna. Le dance floor déborde dans une jungle sans fin et cela n’a rien à voir avec un moment d’une beauté rare, délicate, ni un quelconque esprit d’ironie ou de nostalgie : c’est une affaire de corps, d’instant présent, de fougue, de jouissance, d’extase et de mouvement perpétuel. La populace tortille comme un pendule désaxé, oscillant sans but dans le hall du night club et au sommet du grand escalier de fer qui mène au dance floor suspendu. Partout, on est saisi par les assauts de la techno qui s’échappent d’immenses enceintes, comme par la beauté des lieux : sous ses vingt-deux mètres sous plafond, l’Amadeous a des allures de cathédrale de béton, dans laquelle se pressent plus de mille personnes, enveloppées par des lights et des basses coïncidentes. Là, on a le choix entre se fondre dans la marée de corps moites et lubriques qui ondulent ou se promener d’un espace de rencontre à l’autre pour s’agglutiner à d’autres corps, plus en particulier.

Dans la cité, il y a toujours un moment fragile et élastique, où plus rien n’a de sens – ni d’importance – un passage où la réalité est parallèle et n’est plus concrétisée que par le beat. L’instant s’apprête à s’enivrer dans l’élan flasque des heures nocturnes. La communauté d’Al Qamar s’exhibe dans une espèce de borderline en roue libre, réduite à une simple masse. Entre la dégénérescence des allures périssables et les à-coups de l’insolence d’être là, à se complaire dans l’excès juste pour le principe, des centaines de corps se frottent à quelques centaines d’autres, tous en sueur et tous couverts d’une flopée de tatouages étranges. Une soirée qui ressemble à toutes les autres probablement. Rien de plus. Rien en moins. Aucune danse compliquée ou sophistiquée, simplement une masse de gens – bourrés au gin ou défoncés à je-ne-sais-quoi – frappés d’une envie irrésistible de bouger, de se secouer, se pénétrer et se toucher la peau.

Des rayons de lumière verte scarifient la pièce et – au choix ou tout à la fois – donnent très mauvaise mine, rythment la visibilité et aveuglent les convives. Là-dedans, certaines créatures trans-genres donnent à la soirée les allures d’un Burning Man technologique projeté vers l’infini. Trois hommes parlent entre-eux. L’un a des yeux d’un noir étouffant – le monde semble se figer à côté de lui – comme dans un portrait d’Herb Ritts. Une drag-queen porte d’énormes lunettes en bois de fer, une robe mauve exiguë et une perruque turquoise, elle plane à plus de deux mètres sur ses talons et avec je-ne-sais quelle dope. Deux autres drag-queens prennent des poses de putes dans un coin, pendant que trois jolies filles habillées de noir – de la tête au pied – tressaillent de joie en se prêtant leurs langues.

Plus bas, dans le premier sous-sol : de l’immensité à perte de vue et un beat strictement dark, lourd, et aveuglément dur, ravitaillant une profusion de gonzes débordant de testostérone. Tout est lourd mais entraînant et finalement quelques mélodies se dégagent de la nappe sonore. L’absence de paroles dans la musique, sauf quelques bribes arabisantes ça et là – loin de l’hégémonie panoccidentale anglophone du rock ou de la pop – les emportent in extenso. Puis une enfilade de petits purgatoires – diverses darkrooms complétées par des chaînes des élingues, et des urinoirs avec des tubes menant Dieu sait où – ces coins dans lesquels des hommes et des hommes, des hommes et des femmes, des femmes et des femmes s’appliquent à explorer les fragments délaissés de leurs fantasmes. Des gens s’embrassent dans les coins, certains flirtent, d’autres baisent dans un flot homogène. D’un bout à l’autre d’un couloir deux femmes entièrement nues se fixent et se caressent. Elles emprisonnent tous les passants au cœur de leur désir. Le couloir est chargé d’éclairs et de puissance magnétique. La première femme – très brune – s’accroche au mur derrière elle et glisse contre celui-là, pendant que l’index de sa main libre donne de petits à-coups sur son clitoris en même temps qu’elle se pénètre avec l’annulaire et le majeur. La seconde femme – très brune aussi – transperce la première d’un regard enflammé.

Le deuxième sous-sol est strictement réservé aux mâles, avec un penchant pour le sexe hardcore et déviant – fistfucking, pisse, merde, masques, huile – on peut y circuler et choisir son propre espace pour quelques minutes ou quelques heures, comme dans tout le night club, depuis le paradis – en haut, au rez-de-chaussée – jusqu’à l’Enfer, tout en bas des escaliers, comme une version réelle de celui de Dante.

Au troisième sous-sol – que l’on atteint du hall par un ascenseur colossal – la folie s’égosille autour d’une piscine terriblement grande. L’écume de la nuit prend des airs de cartes postales caduques d’un empire de la lumière du soleil à vendre – genre Miami – qu’une minorité pouvait gober. Une fille très belle et très dorée porte des talons très hauts et une jupe très courte, elle bouge sur le rythme des basses assourdies par le gigantisme de l’endroit. La tête inclinée vers le sol. Les lumières du plafond marbrent son visage par réverbération, elle bat des cils. De l’autre côté de la piscine, elle regarde – au loin – son reflet sur un mur de miroir et à travers les spasmes des stroboscopes – elle est un caméléon recouvert d’impressions colorées, au-dessus d’un arc-en-ciel – elle s’enroule sur les ondes et ses yeux s’écartèlent. Elle empile les cocktails et ferme les yeux, bercée par les vibrations et elle clignote. Les murs autours, sont recouverts de miroirs ou de mosaïques comme des compositions du Douanier Rousseau. Des animaux sauvages et pops, des forces de la nature en céramique et en noir et blanc et quelques déco- rations cheap et multicolores. Les gens discutent et squattent. Dans la piscine, ils plongent – pour faire des vagues et louvoyer dans le vice probable d’une nuit délabrée – d’autres s’amusent, nagent et baisent contre les parois. Une trentenaire sur-sapée trébuche contre une dalle du pavé avec l’impudeur d’une starlette shootée aux barbituriques. Ici, on ne s’excuse auprès de personne, on ne rend hommage à rien, on s’enfonce juste dans le beat et dans la joie d’être ici, témoins de ce petit univers bizarre, sublime, entre personnes privilégiées et libres.

Le rez-de-chaussée est encore un peu plus chaud, l’air est fatigué et délétère, comme si des centaines de Zippo flirtaient au-dessus de bonbonnes d’acétylène. Al Qamar s’ébranle au ralenti. Des gouttes ruissellent sur les fronts. Les sourires et la fougue ont disparu. Seul un corps flasque se balance dans le hall. Un amas humain désincarné. Une panne progressive. Plus de carburant. Des corps désemplis comme évaporés dans l’affuence de la soirée, qui se dégonflent peu à peu. Presque entièrement. Les regards sont ratatinés et des cernes se creusent sous des centaines d’yeux. De plus en plus, les gens s’accumulent autours de l’Amadeous – pour absorber un air moins ravagé – au milieu des chats qui se déhanchent à la lumière obscure. Chats, monarques des environs. Leurs yeux comme des milliers de trous sur le filtre des ténèbres en fuite. Derrière la brume laissée par l’orage qui fait voler le sable du désert, les zombies se déchaînent – le jour déboule, voilé – il ne reste plus que du rose. Il n’y a étrangement aucune bagarre, le sexe a englouti le reste de sentiments humains des heures creuses. Au fur et à mesure, un par un, ou quelques-uns ensemble, les membres de la communauté rejoignent les dortoirs de Rosanna et Kimberlee. Depuis la gueule de l’Amadeous, les freaks déteints s’évadent à travers l’immobilité de l’aube – et quelquefois peut-être – s’aiment au passage.

Dossier de presse

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Marielle Chabal develops literary fictions that lead to sculptural and pictorial forms. The exhibition As Free As Ones Could Claim brings together documents, models and a film retracing the history of the utopian Halmen community and the creation of the city of Al-Qamar in 2023…

« Bodies in one »
Chloé Helle (Marielle Chabal)
(published dans Reset #4, automne 2027)

The sun and the moon have swapped places – all of a sudden – the latent desert explodes its mirages and slips into a burning and saucy atmosphere. The city lights of Al Qamar multiply – slightly blurred and fuzzy – like moist glitter. The building complex sparkles while thunder cries out around. The sky is violently torn apart and candid flashes of lightening make the ethereal surrounding shimmer. Their roars ensue rapidly, jostling the obscurity. The community – safely under cover – mingles in with the closing of the day. Grinding, swarming, insects silently glisten while some iguanas – giant and polychrome – turn black. The calmness is alert, the air holds its breath as if on the verge of an orgasm and clouds of stars penetrate the zenith. Under the dark sky, lovers of the night go into a trance – thirst feels its hunger – wildcats languish, impatiently waiting to clutch their victims in the twilight.

The Amadeous reveals itself in the surrounding feverish atmosphere. Sustaining the crowd’s licentious energy, the absence of air conditioning has transformed the place into a sauna. The dance floor overflows into a infinite jungle and this has nothing to do with a moment of rare beauty, delicacy, nor any kind of irony or nostalgia: it is a matter of bodies, of the present moment, ardour, pleasure, ecstasy and perpetual mouvement. The rabble wriggles like a swing off-axis, aimlessly oscillating between the walls of the hallway to the night club and at the top of the metal staircase that leads to the raised dance floor. Everywhere, the techno baseline sexes the senses, that erupt from enormous amplifiers as well as from the beauty of the space: underneath its twenty-two meter high ceiling, the Amadeous has the looks of a concrete cathedral in which more than a thousand people press into each other, shrouded by in sync spotlights and pulsating music. There, you have a choice between melting into an ocean of moist and lustful bodies, that fluctuate or wander from one meeting chamber to the next, particularly keen on fusing their limbs with others’.

In the city, there is always a time of the day fragile and elastic, where nothing makes sense – or is important – a passage where reality is parallel and concretized only by beatitude. That temporality is ready to get intoxicated in the flaccid thrust of nocturnal hours. The Al Qamar community shows off in a kind of freewheeling borderline state of mind, reduced to just one heaving mass. Thousands of bodies degenerate at a pace with an expiration date, in insolent spurts simply due to their presence there, they rub against each other, all sweaty and coated in loads of bizarre tattoos. A party that probably looks like all the other parties. No more. No less. No complicated or sophisticated dance, simply just a mass of people – drunk on gin or high on who-knows-what – struck by the irresistible urge to move, shake up, penetrate and touch each others’ skin.

Rays of green light scarify the hall – one by one or all together – and put people under a bad light, giving the rhythm of visibility and blinding the guests. Inside this place, certain trans-gender creatures give the night the looks of a digital Burning Man projected towards infinity. Three men chat together. One of them has jet-black eyes – the world seems to freeze at his sides – as if in a Herb Ritts’s portrait. A drag-queen brandishes oversized ironwood sunglasses, a mauve dress and a turquoise wig, her presence of mind is well over her two meter high heels with God knows what dope. Two other drag-queen take slutty poses in a corner while three lovely girls clad in black – from head to foot – flinch with pleasure exchanging tongues.

Further down, at the first basement floor: immensity as far as the eye can see and a baseline rigorously dark, heavy and crushingly hard fuel a profusion of blokes brimming with testosterone. Everything is heavy but arousing and finally a melody disengages from the sound front. The absence of singing in the music, a part from a couple arabic snatches here and there – far from pop or rock, that is panoccidental-anglophone hegemony – completely push them off the edge. A series of small purgatories appear: different darkrooms decked out with chains, chokers and urinaries with tubes leading God-knows-where – these places where men and men, men and women, women and women are intent exploring the neglected fragments of their fantasies. People make out in the corners, certain flirt, others fuck in a homogenous flow. From one wall to the other of the hallway, two entirely nude women stare at each other, touching themselves. They imprison all those who go by in their chamber of desire. The hallways is electrified and has a magnetic power to it. The first woman – a dark brunette – is clutching and rubbing herself on the wall behind her, while the index of her free hand subtly flicks her clitoris as she penetrates herself with her index and middle fingers. The second woman – she has a dark complexion as well – transperces the first with a fiery gaze.

The second basement is strictly reserved to men that have a liking for hardcore and deviant sex – fistfucking, piss, shit, masks, oil – you may wander around and choose your own space for a few minutes or hours, as in all night clubs, from paradise – at the very top, the ground floor – down to Hell, at the very bottom of the staircase, like a real-life Dante paradigm.

At the third underground floor – accessible from the hall by way of a huge elevator – madness shouts itself out hoarse around a awfully large swimming pool. The foam of the night takes on the appeal of empty postcards from an empire of sunlight on sale – like Miami – that only an elite could consume. A very beautiful bronzed girl wearing immensely high heels and a skimpy miniskirt moves to the rhythm of the beat, fuzzed by the immensity of the space. Her head twists towards the ground. The lamps of the ceiling blotch her face in resonance, her eyelashes flutter. To the other side of the pool, she stares – far away – her reflection on the mirror on the wall and through the spasms of the strobe lights – she is a chameleon covered in stains of color, walking on a rainbow – she rolls in the waves and her eyes open wide. She stacks cocktails up and closes them, lulled by the vibrations, she blinks. The surrounding walls are covered in mirrors or mosaics, like Douanier Rousseau’s arrangements. Savage and pop animals, forces of nature are shaped in ceramics or in black and white, cheap and multicolored decorations follow. People discuss and squat. In the pool, they dive – concurring waves and evading issues, staying inside the immorality of a degenerate night – while others have fun, swimming and fucking against the walls. An overdressed thirty-year-old trips on a pavement stone with the shamelessness of a starlet shot up on some sort of barbiturate. Here, you dont apologize to anyone, you pay tribute to nothing, you just follow the beat, head-down, and are happy to be here, testimony of this bizarre and sublime universe, so small, amongst the privileged and free.

The ground floor is still a little bit hot, the air is exhausted and poisonous, as if hundreds of lighters had flirted above spray cans of acetylene. Al Qamar separates in slow motion. Drips of sweat roll down foreheads. The smiles and the passion have died away. Just one flabby body still lingers in the hall. A disembodied human cluster. A progressive breakdown. No more fuel. Washed-out bodies seem to have evaporated during the nocturnal festivities, deflating limb by limb. Almost entirely. Eyes are shriveled and shadows dig underneath hundreds of orbs. More and more, people gather outside the Amadeous – to inhale fresher air – amidst cats that sway hips in the dim light. Cats, sovereigns of these surroundings. Their eyes are like millions of holes on the filtre of retreating darkness. Behind the mist left by the storm that makes the desert sand fly, zombies rampage – the days suddenly appears, veiled – there is nothing left but a nuance of rose in the sky. Strangely, there are no fights, sex has swallowed up all remaining human feelings of the night. Slowly, one by one, or by small groups, the members of the community go to the dorms in Rosanna and Kimberlee. From the Amadeous’s orifice, the fading freaks disperse under an immobile dawn – and perhaps, sometimes – on their way out, love each other.

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