The Last Particles – Anca Benera & Arnold Estefan

Du 8 février au 13 avril 2019
Vernissage le jeudi 7 février 2019 à 18h30

40mcube
48 avenue Sergent Maginot
35000 Rennes

Exposition présentée dans le cadre de la saison France-Roumanie 2019

Commissariat 40mcube
Production : 40mcube et l’Institut Français




Dans le cadre de la Saison France-Roumanie 2019, 40mcube accueille en résidence et présente une exposition du duo Anca Benera & Arnold Estefan.

Suite à leur résidence à 40mcube, Anca Benera & Arnold Estefan présentent une exposition constituée d’œuvres existantes et d’œuvres produites à cette occasion. À travers des formes variées (installations, sculptures, vidéos, performances, etc.), les artistes examinent les relations de pouvoir, les lois et conventions qui régissent nos sociétés et leurs citoyens, qu’ils proposent de réinventer constamment.

Le travail d’Anca Benera & Arnold Estefán met en lumière des épisodes d’une histoire mondiale récente – voire en cours, donc mouvante – issus de différents contextes sociaux, politiques, économiques et culturels. Les artistes pointent des éléments factuels ou narratifs qu’ils puisent notamment dans des sciences comme la chimie, la géologie, la géographie, etc. Ils abordent des questions de territoire comme celle des frontières nationales (Conflict Lines, 2018), qui s’avèrent bouger en fonction de choix géopolitiques ou en raison de conflits, ou les terres que se disputent les États sans pour autant avoir la reconnaissance de la communauté internationale (The Last Land, 2018). Ils s’intéressent également à une nature fabriquée par l’homme, à la manière dont la géologie est altérée et dont les paysages sont remodelés. Ils inventent le terme de débrisphère, qui désigne pour eux une couche sans nom de la croûte terrestre, une supra-strate de la lithosphère réunissant des paysages artificiels à travers le monde, tels que récifs coralliens militaires, montagnes façonnées par l’homme, et autres constructions encore en usage ou non, qui sont le résultat de conflits et de guerres.

Si leurs sources sont documentaires, ils en révèlent la partialité et la fiabilité relative. Conflict Lines, par exemple, présente le monde selon Google et pointe le fait que selon le pays dans lequel on se connecte, les frontières qui y apparaissent ne sont pas les mêmes. Leurs œuvres mettent également en lumière des stratégies de pouvoirs et les rapports entre l’individu et les systèmes hiérarchiques. En imaginant de nouvelles affiliations nationales, culturelle ou ethniques, et en inventant de nouveaux signes d’identification pour des groupes discriminés, Anca Benera & Arnold Estefán abordent la notion d’identité et questionnent notre mémoire collective (We are all Dust and Ashes, 2017 – en cours).

The Last Particles

Selon une étude récente du journal The Sedimentary Record (1), le sable des plages de Normandie contient environ 4 % d’éclats d’obus et de débris métalliques provenant du Débarquement.

Anca Benera & Arnold Estefán utilisent ce « sable magnétique » comme matière première pour leur installation The Last Particles et créent de nouvelles histoires autour de ces particules. Presque visibles à l’œil nu, elles peuvent aussi être observées au microscope dans l’installation réalisée par les artistes, qui s’inspire des laboratoires scientifiques. Dans la vidéo, les particules deviennent les acteurs d’une chorégraphie et prennent progressivement l’apparence d’un organisme vivant. Leurs mouvements, qui créent l’illusion d’une foule ou d’un champ de bataille vus en surplomb, sont basés sur les théories formulées par l’écrivain Elias Canetti (1905 – 1994) dans son ouvrage Masse et puissance (1960), dans lequel il explique les mécanismes qui conduisent la foule à suivre un leader. Les artistes renvoient aux analogies utilisées aujourd’hui dans l’analyse du comportement des foules, qui assimilent ces dernières à des systèmes d’atomes ou de molécules.
(1) The Sedimentary Record, vol. 9, no 3, Septembre 2011.

The Desert Rock that Feeds the World
L’installation d’Anca Benera & Arnold Estefán fait référence au mur de sable construit par le Maroc au Sahara occidental, zone désignée par les Nations Unies comme « territoire non autonome » qui abrite sur le site de Boukraa un gisement de phosphate de 1,7 milliard de tonnes. Construit pour maintenir les Sahraouis, population vivant dans la partie orientale du Sahara, loin des ressources naturelles de la région, le mur de sable marocain est la plus grande barrière militaire active au monde. Il permet au Maroc de contrôler la partie nord-ouest du Sahara occidental.

Pour les artistes, ce mur est un exemple parfait de débrisphère. Ils incluent dans leur installation un morceau de phosphate, en référence à l’une des ressources naturelles les plus importantes du Sahara occidental. Essentiel à la vie végétale et animale, permettant notamment la fabrication d’ADN dans le corps humain, le phosphore sert aussi d’engrais. Comme il ne peut être produit artificiellement, les gisements attisent des convoitises qui génèrent des tensions ayant pour conséquence la modification du paysage.

Citrus Tristeza
Citrus Tristeza est un virus qui a conduit à la mort de millions d’agrumes dans le monde entier et en a rendu plusieurs millions d’autres impropres à la production. Par un tragique hasard, l’apparition du virus coïncide avec l’émergence du fascisme en Europe.

La performance réalisée par les artistes et dont la vidéo rend compte consiste à écrire à l’aide de citrons dans l’espace public à Palerme, sur des bâtiments, des ruines, ou sur le trottoir. Le jus de citron s’évapore lentement, ce qui conduit à la disparition du texte, avant qu’il ait pu être lu par les habitants. Anca Benera & Arnold Estefán dressent aussi un lien avec le productivisme agricole en Italie qui a conduit à une forte augmentation des exportations et à l’exploitation de migrants, souvent originaires de Roumanie ou d’Europe orientale, contraints à garder le silence en raison de la précarité de leur situation.

The Conflict Lines
Les frontières séparant des États sont parfois difficiles à tracer avec certitude. Elles peuvent varier selon le pays dans lequel on se trouve et ses revendications territoriales. Dans certains cas, afin de ne pas prendre position sur un conflit et de préserver ses intérêts, Google montre des frontières différentes selon le pays depuis lequel on se connecte à Internet. Il arrive aussi que le moteur de recherche change les frontières selon le nom de domaine visité par l’internaute. En 2010, Google a brièvement donné par erreur une partie du Costa Rica au Nicaragua voisin, conduisant au déploiement de troupes militaires pour sécuriser la frontière reconnue par la communauté internationale.

Avec Confict Lines, Anca Benera & Arnold Estefán révèlent un monde à la cartographie trouble, non délimité par Google Maps, et exposent les zones de conflit dissimulées par l’entreprise californienne.

The Last Land
La terre de Marie Byrd en Antarctique est l’un des derniers territoires à n’être revendiqué par aucun État, conséquence directe du Traité de l’Antarctique qui est entré en vigueur après la Seconde Guerre mondiale et qui n’autorise que des activités pacifiques sur ce continent, principe par la suite appliqué à la Lune et à l’espace. Aujourd’hui, une grande partie de l’Antarctique est l’objet de revendications territoriales plus ou moins reconnues par la communauté internationale. Bien que l’annexion du continent soit impossible, des tensions apparues en raison des potentielles richesses en ressources naturelles comme le pétrole et le gaz pourraient conduire à l’abrogation du traité, dont l’expiration est initialement prévue en 2048.

Si la terre de Marie Byrd appartenait à tout le monde, chaque citoyen pourrait en posséder 0,20 m2 en 2018. Dans cette œuvre constamment actualisée en fonction de la population mondiale, Anca Benera & Arnold Estefán reprennent le contour de la terre de Marie Byrd et donnent à la représentation du territoire une surface de 0,20 m2, révélant la minuscule part non réclamée par les États que chacun pourrait posséder.

Isa por ës homou vogymuk (We are all Dust and Ashes)
Les kopjafaks sont des totems en bois sculpté réalisés dans le Pays sicule, région roumaine située en Transylvanie où l’on parle hongrois. Placés auprès des sépultures, ils représentent à travers des formes géométriques symboliques les différentes personnes dont ils gardent le corps. Les motifs sculptés sur chaque segment du totem permettent ainsi de savoir si le défunt est une femme ou un homme, et de connaître son statut social et marital, son âge, etc.

À l’origine, les kopjafaks étaient utilisés dans les cimetières protestants de Transylvanie. Plus récemment, ils ont été instrumentalisés par le régime nationaliste hongrois et revendiqués comme éléments vernaculaires représentant la « pureté nationale hongroise ».

Pour réaliser cette œuvre, Anca Benera & Arnold Estefán ont travaillé avec un sculpteur sur bois de Transylvanie et ont produit tout un ensemble de nouveaux symboles désignant des groupes sociaux qui sont discriminés par le gouvernement hongrois actuel : migrants, communauté LGBT, personnes sans-abris, etc. Ils détournent ainsi la rhétorique nationaliste, avec l’objectif d’amener les formes nouvellement créées à infiltrer les représentations traditionnelles des sculpteurs et de les voir apparaître dans l’espace public en Hongrie.

La Saison France-Roumanie 2019 est organisée et mise en œuvre :
Pour la Roumanie : par le ministère des Affaires étrangères, le Secrétariat général du Gouvernement, le ministère de la Culture et de l’Identité nationale, le ministère de la Défense, le ministère du Tourisme, le ministère de la Recherche et de l’Innovation, le ministère de l’Education, le ministère de l’Economie, l’Ambassade de Roumanie en France et l’Institut culturel roumain.
Commissaire général : Andrei Tarnea

Pour la France : par l’Institut français avec le soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, du ministère de la Culture, du ministère de l’Economie et des Finances, du ministère de l’Education nationale, du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, du ministère de la Transition écologique et solidaire, du ministère des Sports, de l’Ambassade de France en Roumanie, du réseau des établissements de l’Institut français de Roumanie et des Alliances françaises.
Commissaire général : Jean-Jacques Garnier.

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From february 8 to april 13, 2019
Opening on thursday february 7, 2019 – 6:30 pm

40mcube
48 avenue Sergent Maginot
35000 Rennes

This exhibition is part of the France-Romania Season 2019

Curated by 40mcube
Produced by 40mcube / Institut Français

As part of the 2019 France-Romania Season, 40mcube presents an exhibition by the duo Anca Benera & Arnold Estefan, after a three-week residence of the artists in the art centre.

Following their residence at 40mcube, Anca Benera & Arnold Estefan present an exhibition that gathers both existing works and new works produced for the occasion. Through various forms (installations, sculptures, videos, performances, etc.), the artists examine the power relations, the laws and conventions that govern our societies and the citizens, and which they propose to constantly reinvent.

Anca Benera & Arnold Estefán’s work highlights events from a recent – and even current, and therefore changing – world history from different social, political, economic and cultural contexts. The artists point to factual or narrative materials that they draw from chemistry, geology, geography, history, etc. They deal with territorial issues such as national borders (Conflict Lines, 2018), which appear to move according to geopolitical choices or because of conflicts, or territories that States might soon dispute without having the recognition of the international community (The Last Land, 2018). They are also interested in man-made nature, how geology is altered and how landscapes are reshaped by human activities. They invented the term debrisphere to refer to an unnamed layer of the Earth’s crust, a supra-stratum of the lithosphere that brings together artificial landscapes around the world, such as military coral reefs, man-made mountains, and other constructions, whether or not in use, that are the result of conflicts and wars.

If their sources are documented, Anca Benera & Arnold Estefán reveal their partiality and relative reliability. Conflict Lines, for example, presents the world according to Google and points out that depending on the country in which you get online, the borders that appear are not the same. Their works also highlight power strategies and the relationship between individual and hierarchical systems. By imagining new national, cultural or ethnic affiliations, and by inventing new identification signs for discriminated groups, Anca Benera & Arnold Estefán tackle the notion of identity and question our collective memory (We are all Dust and Ashes, 2017 – ongoing).

The Last Particles
According to a recent study published in The Sedimentary Record (1), the sand on Normandy’s beaches contains about 4% shrapnel and metal debris from the Normandy Landings.

Anca Benera & Arnold Estefán use this «magnetic sand» as a raw material for their installation The Last Particles and create new stories around these particles. Almost visible to the naked eye, they can also be observed under a microscope in the installation created by the artists, which is inspired by scientific laboratories. In the video, the particles become the actors of a choreography and gradually take on the appearance of a living organism. Their movements, which create the illusion of the view of a crowd or battlefield from up high, are based on the theories formulated by the writer Elias Canetti (1905 – 1994) in his book Crowds and power (1960), in which he explains the mechanisms that lead a crowd to follow a leader. The artists refer to the analogies used today in the analysis of crowd behaviour, which equates them to systems of atoms or molecules.
(1) The Sedimentary Record, vol. 9, no 3, September 2011.

The Desert Rock that Feeds the World
The installation of Anca Benera & Arnold Estefán refers to the sand wall built by Morocco in Western Sahara, an area designated by the United Nations as a «Non-Self-Governing Territory» that contains a phosphate deposit of 1.7 billion tonnes on the Bou Craa site. Built to keep the Sahrawi people, the population living in the eastern Sahara, away from the natural resources of the region, the Moroccan Western Sahara Wall is the largest active military barrier in the world. It allows Morocco to control the northwestern part of Western Sahara.

For the artists, this wall is a perfect example of debrisphere. They include in their installation a phosphate rock, in reference to one of the most important natural resources of Western Sahara. Essential for plant and animal life, in particular for the production of DNA in the human body, phosphorus is also used as a fertilizer. As it cannot be produced artificially, deposits create greeds that generate tensions, leading to changes in the landscape.

Citrus Tristeza
Citrus Tristeza is a virus that has led to the death of millions of citrus trees worldwide and made several others million unfit for production. By a tragic coincidence, the appearance of the virus coincides with the emergence of fascism in Europe.

The performance created by the artists and reported in the video consists in writing with lemons in the public space in Palermo, on buildings, ruins, or on the sidewalk. The lemon juice slowly evaporates, leading to the disappearance of the text before it can be read by the inhabitants. Anca Benera & Arnold Estefán also make a link with agricultural productivism in Italy, which has led to a sharp increase in exports and the exploitation of migrants, often from Romania or Eastern Europe, who are forced to remain silent because of their precarious situation.

The Conflict Lines
The boundaries between States are sometimes difficult to draw with certainty. They may vary depending on the country you are in and its land claims. In some cases, in order not to take a stand on a conflict and to preserve its interests, Google shows different borders depending on the country from which you connect to the Internet. It also happens that the search engine changes the boundaries according to the domain name visited by the Internet user. In 2010, Google briefly mistakenly gave part of Costa Rica to neighbouring Nicaragua, leading to the deployment of military troops to secure the internationally recognized border.

With Confict Lines, Anca Benera & Arnold Estefán reveal a world of blurred mapping, not delimited by Google Maps, and expose conflict zones hidden by the Californian company.

The Last Land
Marie Byrd Land in Antarctica is one of the last territories not to be claimed by any State, a direct consequence of the Antarctic Treaty which comes into effect after the Second World War and which only allows peaceful activities on this continent, a principle subsequently applied to the Moon and space. Today, a large part of Antarctica is the subject of land claims that are more or less recognized by the international community. Although the annexation of the continent is impossible, tensions arising from potential wealth of natural resources such as oil and gas could lead to the abrogation of the treaty, which is initially scheduled to expire in 2048.

If Marie Byrd Land belonged to everyone, each citizen could own 0.20 sq. m. of it in 2018. In this work, constantly updated according to the world population, Anca Benera & Arnold Estefán take up the outline of Marie Byrd Land and give the representation of the territory a surface area of 0.20 sq. m., revealing the tiny part not claimed by any States that each could own.

Isa por ës homou vogymuk (We are all Dust and Ashes)
Kopjafaks are carved wood totems made in the Székely Land, a Romanian region located in Transylvania where Hungarian is spoken. Placed next to the graves, they represent through symbolic geometric shapes the different people whose bodies they watch over. The carved patterns on each segment of the totem allow us to know if the deceased is a woman or a man, and to know his social and marital status, his age, etc.

Originally, kopjafaks were used in Protestant cemeteries in Transylvania. More recently, they have been instrumentalized by the Hungarian nationalist regime and claimed as vernacular elements representing «Hungarian national purity».

To produce this work, Anca Benera & Arnold Estefán worked with a Transylvanian woodcarver and produced a whole new set of symbols designating social groups that are discriminated against by the current Hungarian government: migrants, LGBT community, homeless people, etc. They thus divert nationalist rhetoric, with the objective of bringing the newly created forms into the traditional representations of sculptors and seeing them appear in the public space in Hungary.

The 2019 France-Romania Season is organized and implemented :
For Romania: by the Ministry of Foreign Affairs, the General Secretariat of the Government, the Ministry of Culture and National Identity, the Ministry of Defence, the Ministry of Tourism, the Ministry of Research and Innovation, the Ministry of Education, the Ministry of Economy, the Romanian Embassy in France and the Romanian Cultural Institute.
General Curator: Andrei Tarnea

For France: by the French Institute with the support of the Ministry of Europe and Foreign Affairs, the Ministry of Culture, the Ministry of Economy and Finance, the Ministry of National Education, the Ministry of Higher Education, Research and Innovation, the Ministry of Ecological Transition and Solidarity, the Ministry of Sports, the French Embassy in Romania, the network of institutions of the French Institute of Romania and the Alliances françaises.
General Curator: Jean-Jacques Garnier.